Clara

De la préhistoire à l'ère chrétienne Clara n'a pas conservé de vestiges de la lointaine époque préhistorique, mais nul doute toutefois que le site ait été habité par nos ancêtres, ces collines étant ni trop élevées, ni trop basses.

Les premiers habitants de la région furent envahis durant les millénaires précédents notre ère par les ibéro-ligures, puis vers -500 par les celtes et enfin les romains (conquête en -121). Ceux-ci, particulièrement bien organisés, structurèrent les terres sur la base de domaines agricoles. C'est là l'origine d'un grand nombre de villages du Roussillon, et c'est le cas pour Clara dont le propriétaire romain était un certain Clarus.

A la chute de l'empire romain, ni les wisigoths (412), ni les sarrasins (735) n'ont laissé de traces sur le site. Il faut dire que ces deux peuples n'ont quasiment pas bâtis et leurs restes sont très rares.

Le dispositif militaire carolingien

Il faudra donc attendre l'arrivée des carolingiens en 811 pour que naisse le système féodal. Les soldats de Charlemagne ayant conquis le territoire, ils firent venir des moines, la plupart du temps de l'empire sarrasin au Sud, pour bâtir des grandes abbayes qui, au fil du temps, essaimèrent des chapelles un peu partout dans la région. La première mention de Clara est faite à travers son château St Etienne de la Roca dont il nous reste les soubassements d'une tour carrée. Placé à 750m d'altitude, il est cité dès 865. Ce document nous apprend que le château de Clara avait un rôle extrêmement important au IXe siècle pendant la reconquête du Roussillon par Charlemagne car il s'agissait de la capitale militaire et administrative du Conflent.

Il possédait une chapelle castrale dédiée à St Etienne bien sûr, cette chapelle servant d'église paroissiale pour les premiers habitants de la vallée. Elle est toujours debout de nos jours, c'est l'ermitage St Etienne de Pomers (citée sous le nom de Ecclesia Sancti Stephani en 865) C'est donc sur cet éperon rocheux que se dressait le premier village de Clara, son château et son église.

Mais le fait d'être un haut lieu militaire n'empêchait pas le devoir spirituel : En fait les seigneurs de Clara n'était pas des laïcs mais des religieux : il s'agissait des moines de l'abbaye Saint Michel de Cuxa, construite tout récemment. Un document daté de 879 nous prouve que cette abbaye possédait, temporellement comme spirituellement, le lieu de Clara.

Au XIIe siècle le château de St Etienne de la Roca s'était transformé, il avait perdu sa vocation de siège administratif du Conflent au profit de celui de Joch. Les habitants quittèrent les abords du château pour s'installer plus bas dans la vallée, une région plus propice à la survie. Ils édifièrent durant le XIIe siècle l'église St Martin, siège de la paroisse de Clara. C'est ainsi que fut créé le village que nous connaissons.

La chapelle castrale sera alors modifiée en profondeur, nous faisant perdre une partie de ces spécificités préromanes, pour pouvoir accueillir les premiers ermites.

L'ermitage St Etienne de Pomers

On retrouve St Etienne de Pomers dans un document écrit en 1373, puis le 12 mai 1380, et enfin en 1403 sous le nom de Ecclesia Sancti Stephani de Pomeriis. Architecturalement, il s'agit d'un édifice à nef unique et haute, couverte d'une voûte en berceau. Son abside est profonde.

La fin du XVIIe siècle est marqué par l'essor de l'rmitisme. De nombreux anciens lieux de culte, chapelles castrales, églises rurales, furent réhabilités et réaménagés afin qu'un ermite puisse y

vivre. Il faut dire que l'ermite, à cette époque, vivait isolé mais au sein de la société catalane : Il était le conseiller de la population locale, qui se tournait vers lui pour chercher réconfort et conseil.

En 1688 l'ermitage de St Etienne de Pomers apparaît sous le nom de Hermita de Sant Esteve de Pomès. Il connaîtra différents ermites avant de subir les foudres de la révolution française. En 1790 les lois anti-cléricales supprimèrent tous les édifices religieux qui n'étaient pas des paroisses. St Etienne fut condamné à fermer, mais pu rouvrir en 1826 quand ces mêmes lois furent assouplies.
En 1855 le logement de l'ermite fut reconstruit, mais le temps fit des ravages.

Avec la fin des ermites dans la première moitié du XXe siècle, l'édifice fut abandonné.